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Fiscalité & Comptabilité 14 min de lecture16 mai 2026

L'Impôt sur les Bénéfices et Profits (IBP) en RDC : guide complet par catégorie d'entreprise

Tout ce qu'un dirigeant d'entreprise doit savoir sur l'IBP en RDC : qui le paie, à quel taux, quand et où le déclarer, comment calculer les acomptes provisionnels, quelles sont les exonérations et les obligations selon la taille de l'entreprise.

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Dr. Honoré Kabila
Juriste, spécialiste droit du travail congolais

L'Impôt sur les Bénéfices et Profits — IBP en sigle — est l'un des impôts directs les plus importants du système fiscal congolais. Il frappe les résultats de l'activité économique des entreprises et des professionnels libéraux opérant en République Démocratique du Congo. Mal compris ou mal anticipé, il peut constituer une lourde charge pour une entreprise qui n'a pas planifié ses échéances fiscales. Ce guide décortique le régime de l'IBP de façon pratique : qui le paie, à quel taux, selon quel calendrier, avec quelles exemptions et quelles obligations spécifiques selon la catégorie d'entreprise.

Qu'est-ce que l'IBP ? Définition et champ d'application

L'Impôt sur les Bénéfices et Profits est un impôt direct prélevé sur les bénéfices réalisés par toutes les entreprises, qu'elles soient commerciales, artisanales, agricoles ou immobilières. Il vise également les libéralités et autres avantages accordés aux associés non actifs dans les sociétés autres que par actions, ainsi que tout profit ou revenu généré par des activités lucratives, quelle qu'en soit la nature. L'IBP concerne donc : les entreprises industrielles, commerciales, artisanales, agricoles et immobilières ; les associations non occasionnelles pour les bénéfices qu'elles réalisent en marge de leur activité principale ; les personnes exerçant des professions libérales (médecins, avocats, architectes, consultants, etc.) ou toute activité lucrative à titre habituel. Sa base légale est l'Ordonnance-Loi n° 69/009 du 10 février 1969 relative aux impôts cédulaires sur les revenus, telle que modifiée et complétée à ce jour.

Les quatre catégories d'entreprises et leur régime fiscal

Le régime fiscal de l'IBP distingue quatre catégories d'entreprises selon leur chiffre d'affaires annuel. Cette classification détermine les taux applicables, les délais de déclaration, le service fiscal compétent et le mode de paiement.

















Catégorie Chiffre d'affaires annuel Service compétent
Grandes EntreprisesSupérieur à 5 milliards FCDirection des Grandes Entreprises (DGE)
Moyennes EntreprisesDe 80 millions à 5 milliards FCSièges Modélisés et Modernisés (SMM) des Directions Provinciales / Centres des Impôts (CDI)
Petites EntreprisesDe 10 millions à 80 millions FCCentres d'Impôts Synthétiques (CIS)
Micro-EntreprisesInférieur à 10 millions FCCentres d'Impôts Synthétiques (CIS)


L'obtention du numéro d'impôt est obligatoire pour toute activité dès son démarrage. En cas de cessation d'activité, la radiation doit être demandée sous peine de rester redevable de l'IBP même sans activité réelle.

Taux de l'IBP par catégorie d'entreprise

Les taux et modalités de calcul de l'IBP varient selon la catégorie d'entreprise :




Grandes et Moyennes Entreprises (DGE, SMM, CDI)



  • 35 % des bénéfices déclarés (taux de droit commun)

  • 30 % pour les entreprises relevant du Code minier

  • 1 % du chiffre d'affaires en cas de résultat déficitaire ou si le montant calculé est inférieur à ce seuil (impôt minimum sur chiffre d'affaires)



Impôts minimaux forfaitaires :



  • • Moyennes entreprises : 750 000 FC (proratisé en cas de démarrage en cours d'année)

  • • Grandes entreprises : 25 000 000 FC (proratisé en cas de démarrage en cours d'année)





Petites Entreprises (CIS)



  • 1 % du chiffre d'affaires pour les activités de vente

  • 2 % du chiffre d'affaires pour les activités de prestations de services

  • En cas d'activités mixtes (vente + service) : les chiffres d'affaires sont cumulés et le taux de l'activité principale s'applique à l'ensemble




Micro-Entreprises (CIS)



  • Impôt forfaitaire annuel de 50 000 FC (montant fixe, indépendant du chiffre d'affaires réel)

  • IPR trimestriel : forfait de 9 USD par salarié par trimestre, déclaré avant le 15 du mois suivant la fin du trimestre





Cas particulier — Cessation d'activité sans radiation


En cas d'arrêt d'activité sans radiation au registre du commerce ou auprès de la corporation, l'entreprise reste redevable d'un IBP forfaitaire : 500 000 FC pour les grandes entreprises, 250 000 FC pour les moyennes entreprises, 30 000 FC pour les petites entreprises.


Calendrier de déclaration et de paiement

Les délais de déclaration et de paiement de l'IBP varient selon la catégorie d'entreprise. La déclaration est auto-liquidative : le contribuable calcule lui-même l'impôt dû et le déclare, accompagné d'une attestation de paiement.

















Étape Grandes & Moyennes Entreprises Petites Entreprises Micro-Entreprises
1er acompte40 % de l'IBP de l'exercice précédent
avant le 1er août
60 % de l'IBP estimé
avant le 31 janvier N+1
Impôt forfaitaire unique
avant le 30 avril N+1
2e acompte40 % de l'IBP de l'exercice précédent
avant le 1er décembre
40 % (solde)
avant le 31 mars N+1
Solde + DéclarationSolde (IBP réel − acomptes versés)
au plus tard le 30 avril N+1
Inclus dans le 2e versement
au plus tard le 30 avril N+1
Déclaration auto-liquidative
avant le 30 avril N+1


Les acomptes provisionnels des grandes et moyennes entreprises peuvent être ajustés à la baisse si l'entreprise estime que son IBP réel sera inférieur à celui de l'exercice précédent. Cette révision doit être justifiée et déclarée formellement au service fiscal compétent.

Où déposer la déclaration IBP ?

Le contribuable, ou son représentant légal, dépose le formulaire auto-liquidatif dûment rempli, daté et signé auprès du service fiscal compétent selon sa catégorie : la Direction des Grandes Entreprises (DGE) pour les grandes entreprises, les Sièges Modélisés et Modernisés (SMM) des Directions Provinciales des Impôts ou les Centres des Impôts (CDI) pour les moyennes entreprises, et les Centres d'Impôts Synthétiques (CIS) pour les petites et micro-entreprises. Le paiement s'effectue exclusivement auprès d'une banque agréée, sur le compte du Receveur des Impôts — jamais entre les mains d'un agent de la DGI, quelle que soit la circonstance.

Qui est exonéré de l'IBP ?

La loi prévoit des exonérations au profit de certaines personnes morales de droit public et d'utilité sociale. Sont dispensés de l'IBP :



  • L'État, les provinces, les villes, les communes, les secteurs, les chefferies et toutes les entités territoriales décentralisées

  • Les établissements publics dont les ressources proviennent uniquement de subventions budgétaires — dès qu'un établissement réalise des recettes propres, il peut devenir partiellement imposable

  • Les Associations Sans But Lucratif (ASBL) et les établissements d'utilité publique, sous réserve que les conditions légales soient réunies : pas de distribution de bénéfices, activité conforme à l'objet social non lucratif, etc. Si une ASBL exerce une activité commerciale à titre habituel, les revenus correspondants sont imposables à l'IBP

Obligations fiscales spécifiques des petites et micro-entreprises

Les petites et micro-entreprises bénéficient d'un régime simplifié, mais elles restent soumises à un ensemble d'obligations fiscales précises :




Petites Entreprises



  • S'enregistrer auprès de l'administration fiscale dans les 15 jours suivant le début d'activité

  • Obtenir un numéro d'impôt (NIF)

  • Tenir une comptabilité simplifiée (registre des recettes et dépenses)

  • Déclarer et reverser l'IPR avant le 15 du mois suivant celui du paiement des rémunérations

  • Déclarer l'IBP sur la base du chiffre d'affaires annuel : 1 % (vente) ou 2 % (service)

  • Verser 60 % de l'IBP avant le 31 janvier, puis le solde de 40 % avant le 30 avril




Micro-Entreprises (obligations supplémentaires)



  • Déclarer l'IPR avant le 15 du mois suivant la fin de chaque trimestre (forfait de 9 USD par salarié)

  • Se soumettre au recensement fiscal organisé par l'administration

  • Participer aux sessions de formation et d'évaluation du chiffre d'affaires organisées par les CIS

  • Acquitter l'impôt forfaitaire annuel de 50 000 FC avant le 30 avril



IBP et IPR : deux impôts distincts, deux obligations complémentaires

Il est essentiel de ne pas confondre l'IBP et l'IPR. L'IBP frappe le résultat ou le chiffre d'affaires de l'entreprise en tant que personne morale ou entité économique. L'IPR, lui, frappe les rémunérations versées aux personnes physiques — l'exploitant individuel, les membres de sa famille employés dans l'entreprise, et tous les salariés. Les deux impôts coexistent et sont déclarés séparément. Pour les petites entreprises, l'IBP est déclaré sur la base du chiffre d'affaires annuel, tandis que l'IPR est prélevé à la source par l'employeur et reversé mensuellement (ou trimestriellement pour les micro-entreprises) au service fiscal compétent. Un entrepreneur individuel est donc doublement concerné : il paie l'IBP sur ses profits et supporte l'IPR sur sa propre rémunération.

Tableau synoptique IBP — Récapitulatif pratique




















Critère Grandes Entreprises Moyennes Entreprises Petites Entreprises Micro-Entreprises
Taux normal35 %35 %1 % ou 2 %Forfait 50 000 FC
Taux minier30 %30 %
Minimum sur CA1 % du CA1 % du CA
Impôt forfaitaire25 000 000 FC750 000 FC50 000 FC
Délai déclaration30 avril N+130 avril N+131 janv. + 31 mars30 avril N+1
Service compétentDGESMM / CDICISCIS

Points de vigilance pour les dirigeants d'entreprise


  • !Ne jamais payer en espèces à un agent de la DGI — tout paiement fiscal s'effectue exclusivement via une banque agréée ou la CADECO, sur le compte du Receveur des Impôts.

  • !Demander la radiation en cas de cessation d'activité — sans radiation, l'entreprise reste redevable des impôts forfaitaires annuels même sans activité réelle.

  • Anticiper les acomptes provisionnels — pour les grandes et moyennes entreprises, les deux acomptes (août et décembre) représentent 80 % de l'IBP de l'exercice précédent. Une mauvaise trésorerie en milieu d'année peut fragiliser l'entreprise.

  • Bien classer ses activités (vente vs service) — une mauvaise classification peut conduire à sous-déclarer ou sur-déclarer l'IBP. En cas d'activités mixtes, l'activité principale détermine le taux applicable à l'ensemble du chiffre d'affaires.

  • iS'enregistrer dans les 15 jours — toute entreprise doit obtenir son numéro d'impôt dans les quinze jours suivant le début de son activité, sous peine de sanctions.

  • iTenir sa comptabilité — même simplifiée pour les petites entreprises, la comptabilité est obligatoire et constitue le socle de toute déclaration IBP. Elle est le premier document demandé lors d'un contrôle fiscal.

Sources légales

Ordonnance-Loi n° 69/009 du 10 février 1969 relative aux impôts cédulaires sur les revenus (champ d'application et taux de l'IBP) ; Loi de finances n° 19/005 du 31 décembre 2019 pour l'exercice 2020 (modifications du régime des petites et micro-entreprises) ; Code des impôts de la République Démocratique du Congo — dispositions relatives aux bénéfices et profits, aux acomptes provisionnels, aux exonérations et aux obligations déclaratives ; Instructions administratives de la Direction Générale des Impôts (DGI) relatives aux Centres d'Impôts Synthétiques (CIS) et aux régimes simplifiés d'imposition ; Loi portant Code minier de la RDC (taux réduit de 30 % pour les entreprises minières).

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